REPONSE A CHEIKH T. GADIO : Monsieur le ministre d’Etat vous dites bonne gouvernance !

16 octobre 2009

Monsieur le ministre de ce que j’ai entendu dire, vous avez fait du bon job, mais là n’est pas la question puisse que vous étiez payé pour ça. Sauf que dans notre démocrature les ministres compétents font exception. Bref, revenons à notre sujet la bonne gouvernance. J’avais retenu de l’acte 1 de votre déclaration une sorte de repentance dont je me permets de résumer en ces termes, excusez-moi excellence de cette désinvolture : « j’ai travaillé avec ce régime pendant plus de neuf ans, j’ai constaté qu’ils ont l’habitude de toiser avec mépris les principes de la bonne gouvernance, maintenant que je ne fais plus partie du graal, je peux faire appel aux souvenirs lointains de mes cours sur la bonne gouvernance ». 

Je me suis dis, cette déclaration mâtinée de frustration pouvait se comprendre de par la manière inélégante par laquelle son excellence a été éjectée, mais si on l’analyse sous le prisme de la temporalité, elle est venue sur le tard. Autant sur l’acte 1 je suis sous l’angle de l’analyse et de la compréhension, autant sur l’acte 2 je suis dans la désolation la plus totale. En effet dans l’acte 2 son excellence nous dit « Psitt ! n’allez pas trop vite en besogne je suis toujours avec Wade ». Cette wade attitude qui consiste à tresser des lauriers labyrinthiques au président à chaque fois qu’un responsable est démis de ses fonctions est tout de même burlesque. Quoique ce genre de déclaration en wadésie relève d’une stratégie qui consiste à attendre encore une fois son tour vu que la roue libérale tourne très vite. 

Je disais donc, excellence que de la bonne gouvernance il faut qu’on en parle ici et maintenant, cette fois-ci avec beaucoup de liberté, et à propos aussi de ceux qui prennent énormément de liberté avec elle. 

De mes lectures, la définition de la bonne gouvernance comprise en tant que l’équivalent de ce que les anglo-saxons appellent « good gouvernance », celle qui me semble être la plus juste se décline ainsi  : « La bonne gouvernance  peut être entendue comme  la gestion des affaires publiques par la génération d’un régime (ensemble de règles) accepté comme légitime visant à promouvoir et améliorer les valeurs sociales auxquelles aspirent individus et groupes » . Je n’ai aucun doute  excellence, que nous partageons la quintessence de cette assertion, mais je suis moins sûr que cette similarité de nos convictions implique de ma part une solidarité sur la posture politique qui est la vôtre. 

Toutefois il faut reconnaître que la notion de bonne gouvernance renferme en lui-même certaines confusions et ambigüités liées certainement à son origine, aux motivations et à sa diffusion en Afrique. 

Historiquement, le concept de gouvernance a été formulé explicitement en 1989 dans un rapport de la banque mondiale intitulé « De la crise à une croissance durable » (dit aussi ‘rapport Berg’, du nom de son auteur). Ce dernier partait du constat qu’un environnement favorable au marché, que visaient les programmes d’ajustement structurel, n’était pas une condition suffisante du développement. Ainsi ce rapport prenait-il en compte les dimensions politiques et culturelles du déclin de l’Afrique, en dénonçant dans la foulée le mauvais fonctionnement des administrations, la corruption, le laxisme dans la gestion des affaires publiques. Il pointait aussi du doigt un certain type de régimes clientélistes et illégitimes qui inhibaient le développement et qui, à ce titre ressortaient du domaine d’intervention de la banque mondiale. 
Lorsque furent lancés, dans les années 90, les processus de démocratisation et les conditionnalités politiques des aides au développement, les bailleurs des fonds s’alignèrent sur les espoirs suscités par cette nouvelle vague démocratique; ainsi, du coup, les exigences d’une bonne gouvernance vinrent se confondre avec celles de la démocratisation des régimes africains. Ainsi la banque mondiale non seulement discutait de la gouvernance en termes de réformes du secteur public, de responsabilité politique, de légitimité du régime et d’institutionnalisation du pouvoir par opposition à son usage personnel, mais mettait aussi l’accent sur l’importance du pluralisme politique notamment sous ses exigences de la participation et de la décentralisation.
Mais progressivement, bonne gouvernance et démocratie vont être dissociées, même s’ils continuent de se chevaucher. En effet, la démocratie a pour éléments constitutifs le pluralisme, la concurrence, les élections libres au suffrage universel, le constitutionnalisme, etc. La gouvernance, elle, n’a pas besoin d’impliquer un mode démocratique de choix ou une forme spécifique de responsabilité publique comme les élections concurrentielles ; elle est moins associée avec les droits des minorités, et elle n’exige pas la participation directe du gouverné d’une manière significative aussi longtemps que le régime (ensemble de règles) est largement connu et respecté.
C’est pourtant dans cette confusion conceptuelle que les « donateurs » occidentaux vont inscrire l’exigence d’une « bonne gouvernance » dans leurs relations avec l’Afrique. 

Dans cette optique excellence, je crains que la bonne gouvernance soit un arbre paradisiaque qui cache une  forêt de démocrature. 

Par ce nouveau précepte, on s’accommoder de tout régime qui assure la performance de l’administration publique, la sécurité, la croissance économique et la stabilité politique, fut-ce en dehors de toute légitimité populaire ou démocratique. Ainsi, parmi les régimes réputés de bonne gouvernance et qui sont devenus des coqueluches des bailleurs des fonds occidentaux, celui de l’Ouganda compte parmi les plus corrompus du continent, alors que ceux du Burkina Faso et du Rwanda, de
la Tunisie sont régulièrement accusés de violer les droits de l’homme. Voyez-vous excellence, la veuille dame de la « démocratie africaine » ne fait même pas partie des élus, c’est dire que vous avez du boulot. 

Au demeurant, les seuls critères qui entrent en ligne de compte pour juger un régime en termes de gouvernance sont : la stabilité politique (fut-elle de type dictatorial), la rentabilité des investissements, et le remboursement des dettes extérieures, même moyennant une forte paupérisation de la population . 

Excellence osez affirmer le fond de votre pensée, le problème du Sénégal est politique, la solution sera donc forcément politique. 

La bonne gouvernance c’est bien, mais une véritable démocratie c’est encore mieux. C’est pour cela excellence, je vous attends sur le terrain politique, mais ne vous trompez surtout pas de côté. 

                                                        BAYE IBRAHIMA DIAGNE 

                                               Président de la commission bonne gouvernance 

                                                   Du Conseil National du Patronat (CNP)

L’ENTREPRISE ETRANGLEE

8 septembre 2009

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L’ENTREPRISE TRANGLEE Les cultures Africaines constituent un gisement de productivité inestimable pour l’entreprise. Or le train du développement les considère comme des passagers clandestins, faute d’avoir trouvé des modalités d’application pertinentes en son sein. Ce passage, malgré son statut officieux a le malin plaisir de perturber son système d’information et de gestion. Aurait – il été possible de le débarquer que le problème devient probablement plus simple à résoudre. Malheureusement, il constitue l’âme de ce train. La présence de deux forces centrifuges (tradition et modernité) empêche ce train dit de la modernité d’avancer sur les rails de la destination « performance ». Cette inertie culturelle est le symbole d’un des plus grands défis auquel est confrontée cette génération de managers Africains. Laisser faire serait un fatalisme incompréhensible. 

Cet ouvrage propose quelques pistes pour éclairer les relations entre la culture ambiante et la performance des entreprises.

Auteur : Baye Ibrahima DIAGNE  Editions CEMEA    

Baye Ibrahima DIAGNE est le Directeur fondateur du Cabinet innovactions depuis 1992.il intervient dans le management des ressources humaines et en organisation au Sénégal et en Afrique Francophone. Il est également fondateur du premier magazine Sénégalais spécialisé dans le management : « Performance Management ». Il est le président de l’association des professionnels du conseil (Pro conseil) Affilié au Conseil National du patronat du Sénégal, dont il est aussi le président de la commission bonne gouvernance.

Il est titulaire d’un DEA en Science de gestion à l’université lumière de Lyon / l’Ecole Supérieure de commerce de Lyon, il était chercheur associé à l’Ecole Doctorale de ISEFOR (Institut socio économique des organisations à Lyon.